EmotionMirrorrer_20221125_136460

C’est en 1420 qu’un registre conservé aux Archives municipales de Haguenau fait mention de la réalisation d’une crèche à l’église Saint Georges.

Phrase extraite des originaux des cahiers de 1420 : « De même, la réalisation de la crèche entourée de branchages, sur les murs extérieurs de Saint Georges, a coûté 4 schillings moins 4 pfennigs. Hermann a fourni lesdits branchages. »

Il s’agit de la plus ancienne trace écrite de l’existence d’une crèche à Haguenau, presque sans aucun doute en Alsace !

Les Archives Municipales de Haguenau conservent, dans la série GG «Culte et assistance publique», les comptes financiers de l’église Saint-Georges, de 1409 à 1793. Cela représente 558 cahiers et 6799 pièces comptables, conservés en 93 liasses.

Durant ces 584 années, toutes les recettes et toutes les dépenses seront scrupuleusement inscrites par les «werkmeister» (les receveurs) successifs.

Les dépenses sont extrêmement diverses : réparation et entretien de l’église et de ses propriétés, frais liés au culte, achats d’ornements, peintures et sculptures réalisées pour l’église, appointements des sacristains, achats de cierges, d’hosties, de vin, de missels, d’aubes, de nappes d’autel, réparation des bancs, des orgues, des cloches… et de leurs cordes, factures de maçons, de charpentiers, de vitriers, de menuisiers, de tuiliers, de serruriers, de cordiers, de poêliers, de charrons, de ramoneurs…

On y trouve également des dépenses plus prestigieuses comme l’acquisition du Christ monumental de Clément de Bade en 1488, la construction de la chaire par Veit Wagner en 1500 ou encore la custode de Frédéric Hammer achevée en 1523, tous trois encore visibles de nos jours.

Plus surprenants, l’entretien d’une bergerie ou des prêts faits à la ville pour ses dépenses militaires ou l’acquisition d’une petite pompe à incendie… avec des seaux.

Toutes ces dépenses étant bien entendu impossibles sans les recettes afférentes : Dons, ventes, rentes, loyers, fermages, remboursements de prêts, offrandes faites à l’occasion des grandes fêtes religieuses (Pâques, Pentecôte, Toussaint, Noël), mais également lors des quêtes… journalières !

La paroisse Saint-Georges percevait également la dîme (le dixième des produits de la terre et de l’élevage, abolie en 1789) sur le foin, les grains (seigle, avoine, froment, orge, millet, blé, fèves, pois, lentilles, épeautre…), les navets, le vin, le « sang » (les animaux : agneaux, veaux, poulains, cochons de lait). Elle vendait également du bois, du vin, de la farine, et, vers la fin, du blé de Turquie (le maïs), des pommes de terre et même du tabac !

Une source de recettes inhabituelle était constituée par les sonneries de cloches, comme le « Selgeret », que l’on faisait sonner pour le salut de son âme ou d’une autre personne, ou d’autres sonneries pour les décès … ou les anniversaires.

Nous sommes donc en 1420. Pierre Eckard et Georges Mertzwiller sont les werkmeister de l’Œuvre Saint-Georges. Ils notent scrupuleusement, jour après jour, les dépenses et les recettes dans un modeste petit cahier de 36 feuillets en papier, de 11 centimètres sur 29,5. La couverture est, comme souvent à cette époque, en parchemin réemployé. En l’occurrence, elle est constituée de deux parchemins, un de 1418 et un autre de 1420, "cousus" entre eux par des bandelettes, également en parchemin, de 5 millimètres de large.

Au 25e feuillet, entre un achat d’hosties et de cierges, on lit : " It. 4 ß on 4 d koste die kripfe zu machende die ußwenig an der sanct Jergen muren stet und umb gerten dar zu / herman gap die stecken darzu vergeben".  A savoir : "De même, la réalisation de la crèche entourée de branchages, sur les murs extérieurs de Saint  Georges, a coûté 4 schillings moins 4 pfennigs. Hermann a fourni lesdits branchages". Les gerten sont très probablement en noisetier ou en saule, branches souples que l’on peut tresser, les stecken désignant des branches plus rigides et verticales.

Ces trois modestes lignes, écrites en 1420 à la plume d’oie, d’une encre noire très légèrement passée, constituent vraisemblablement la plus ancienne mention de l’existence d’une crèche dans une église. A Haguenau, presque sans aucun doute en Alsace, voire peut-être même pour tout le Saint Empire Romain Germanique ! Jusqu’à preuve du contraire…

A Sélestat, on trouve, en 1521, la plus ancienne mention de « l’arbre de Noël », à Strasbourg le marché de Noël date de 1570… Avec Haguenau et sa crèche de 1420, l’Alsace est résolument le berceau de la féérie de Noël !

Sources : Archives Municipales de Haguenau et Michel Traband
Liasse GG 249 : Culte et assistance publique
Comptes de l’Œuvre Saint-Georges, 1420-1458